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Troisième révolution industrielle : ubérisation du monde

Troisième révolution industrielle : ubérisation du monde

A l’occasion de la trentième édition du guide «Top Eco» 2018 au centre de congrès Diagora de Labège près de Toulouse organisée par le medef de Haute-Garonne, Luc Ferry, philosophe, écrivain, ancien ministre et auteur de « La Révolution transhumaniste », a exposé sa vision des mutations que traversent actuellement nos sociétés.

Un capitalisme « supercapitalisme ultra-schumpétérien » marqué par un « dumping social majeur » ; une concurrence acharnée entre ancienne et nouvelle économie : les taxis vs Uber, l’hôtellerie vs AirBnB, les librairies vs Amazon… là où le particulier peut concurrencer le professionnel facilement et rapidement (le fameux C to C). Un avenir dessinant une médecine capable de soigner avant que n’apparaisse la maladie, un monde du travail dans lequel les tâches les plus ingrates sont confiées à des robots, un humain augmenté par des implants… voici cette époque décrite par Luc Ferry. Bienvenue dans la 3ème révolution industrielle.

La fin d’une époque

Sommes-nous à l’aube d’un nouveau monde ? Ou s’agit-il d’une crise ? Pour le savoir, le philosophe nous invite à regarder le passé. Selon Luc Ferry, chaque révolution industrielle se caractérise par « de nouvelles sources d’énergie doublées d’un nouveau mode de communication des biens et des personnes » et un « temps épais » (ie un processus long qui se développe sur une centaine d’années).

D’autre part, elle comporte deux cycles économiques :

  • le premier, d’une durée de 30/40 ans, correspond à une période de « destruction créatrice » décrite par l’économiste Joseph Schumpeter (1883-1950). Des secteurs d’activité entiers disparaissent. Luc Ferry lui préfère la notion « d’innovation destructrice »
  • Le second cycle, « keynésien » (du nom de l’économiste John Keynes, 1883-1946), est marqué par le redémarrage de l’économie enrichie de cette révolution, générant de nouveaux types d’emplois.

Circulation des hommes et des idées

Cette analyse n’est pas le fruit du hasard : elle s’appuie sur l’étude des deux précédentes révolutions industrielles. Leur caractéristique commune ? Un progrès technique accompagné d’un progrès des idées. Ainsi, à la fin du 18ème siècle, la première révolution industrielle voit naître la machine à vapeur et l’imprimerie de masse (par Watt, en 1769). « Communication des objets et communication des idées se rencontrent. Les hommes et les idées circulent davantage, les modes de vie changent : c’est le début d’une nouvelle ère ». Ces inventions pourraient sembler presque banale, mais sans elle, il n’y aurait jamais eu ni démocratie ni instruction publique ! C’est aussi l’apparition du chemin de fer : l’urbanisation gagne du terrain sur la ruralité, avec la naissance des usines modernes qui entraînent un « déversement » continu du monde paysan vers l’industrie et les grandes villes. C’est tout simplement à la naissance du monde ouvrier qu’on assiste au sein d’usines.

Un siècle plus tard, la seconde révolution industrielle amorce un nouveau tournant. L’homme qui en est le symbole est Thomas Edison (1847-1931), inventeur de l’ampoule à filament. Qui dit nouvelles sources d’énergie, dit nouveaux canaux de communication (télégraphe, téléphone puis plus tard la radio et la télévision) et nouveaux modes de transports (voiture, camion avec l’invention des moteurs à explosion et diesel mais aussi le train ou l’avion). C’est une révolution de la logistique, dite « supply chain », tandis que les firmes peuvent maintenant devenir multinationales !

Internet, un nouveau langage commun

Les années 1990 et internet symbolisent l’entrée dans la 3ème révolution industrielle.

Celle-ci est différente des deux autres car elle repose d’abord sur une énergie un peu spéciale, l’intelligence. C’est une révolution moins dans le monde des atomes que dans celui des bits. Elle repose en effet sur une idée géniale, celle du Web inventée par Tim Berners-Lee et Robert Cailliau en 1990. Le web n’est pas le net, c’est une application du net qui relie désormais tout le monde avec tout le monde dans un langage commun dans n’importe quel point du globe, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. « La technologie du web a apporté à l’humanité un nouveau langage commun. Tout le monde peut potentiellement converser avec tout le monde à chaque instant » explique ainsi Luc Ferry. Les canaux de communication changent grâce à l’internet des objets (environ 15 milliards d’objets connectés dans le monde) et une circulation accélérée des idées sous formes d’images, de textes, de vidéos.

C’est le Web qui va rendre possible une organisation de la vie économique en réseaux « collaboratifs », avec des applications comme Uber, Airbnb, Blablacar et quelques milliers d’autres qui court-circuitent les professionnels et relient les particuliers entre eux. Cette nouvelle ère de l’économie collaborative n’a pas encore trouvé sa maturité tant le choc de cette révolution crée l’affrontement des parties toutes légitimes mais basés sur des modèles différents.

Que nous réserve l’avenir ?

La 3ème révolution industrielle a ceci de particulier qu’elle apporte des changements sans précédent, d’où sa violence. D’après le philosophe, « le monde risque de changer davantage durant les 30 prochaines années qu’en 2000 ans grâce aux nanotechnologies, aux biotechnologies, à l’IA (intelligence artificielle)… ». L’« être humain augmenté » est annoncé pour bientôt. En attendant, nos économies occidentales souffrent et, avec elles, les populations les plus précaire et les moins qualifiées, victimes de la disparition de pans entiers de l’économie traditionnelle. Pourtant, prenant à contre-pied un certain nombre d’experts, Luc Ferry se montre optimiste : « Nous ne sommes pas face à la fin du travail, mais en phase de transition. L’enjeu clé sera de former les gens. Les nouvelles technologies vont créer beaucoup d’emplois mais, en attendant, interdire ne sert à rien : mieux vaut trouver des compromis intelligents ».